C'est à la piscine que j'y ai pensé. À cette vieille dame maquillée comme une voiture volée, les sourcils tracés haut au crayon. Cette vieille dame tenait un stand de tir ou bien une confiserie à la fête foraine du village quand j'étais môme. Pentecôte ou ascension, et une autre date que j'ai oubliée. Mme Généra, foraine de profession, bossait encore à bien soixante-cinq ans. Pourquoi ?, je ne sais pas.

C'est cet article de Ouest-France qui m'y fait penser. À cette association de nomades dans la Sarthe, qui veut organiser un vin d'honneur pour se présenter aux sédentaires, casser la barrière et la réputation de «voleurs de poules» qui leur colle à la peau, à cette remarque de cette dame, qui, depuis quatorze ans qu'elle a acheté son terrain, sent qu'elle dérange lorsqu'elle y passe un mois dans l'année. Pourquoi tant de méfiance ?

Dans le village, il y avait aussi un forain qui avait une maison, sa propriété. Petit, je me demandais comment c'était possible. Çà l'est. Et alors petit, et alors ?

Cette dame Généra connaissait très bien les grands-parents et leurs filles grandies dans un village pas loin. C'est aujourd'hui, ce soir, que je me rends compte qu'ici, personne ne connait la famille depuis tout petit, à la différence de plein de mes voisins. Je n'ai pas cette filiation sociale qu'ont frère et sœur, père et mère et leurs parents. Cela fait douze ans que je n'ai plus de racines. Cela fait tant de temps que je vais et viens. Et je ne me sens pas chez moi là où je suis, car je me le refuse, car je refuse ni n'assume de me sentir posé à un endroit.

Ici je n'ai pas de racine, je me bouture.